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Saint-Paul, lundi 20 janvier 2014

Mon cher Jacques Henric,

Je suis sensible, presque ému, de savoir que tu viens de visiter mon site.

Et, effectivement, il est loin d'être parfait. Il est surtout loin de correspondre à cette exigence qui pourrait être celle d'un site, c'est-à-dire raconter, dire, montrer exactement ce qui se passe ailleurs, dans l'atelier, dans la vie.

A un certain moment, j'avais parlé de «scrapbook», plus tard, de «marque-page», pour qualifier une partie de son contenu. Je crois qu'il serait beaucoup plus juste de parler de «désordre», et d'abandonner définitivement cette idée qu'on aurait pu y deviner, de «journal».

Donc, tu pourras y voir en désordre, ce qui s'est passé à la fin de 2012 et dans les premiers mois de 2013. Comme tu le sais, depuis le mois d'août 2013, j'essaie d'arranger, d'organiser cet atelier dans le Midi dont je t'ai parlé. Et j'ai beaucoup couru entre Leroy-Merlin et Darty, entre Point P et Bricorama.
Et j'ai maçonné, et j'ai peint. Mais plutôt des murs que des toiles. Et si, au milieu des placoplâtres, des lavabos et des douches, j'ai su trouver du temps, c'était pour me réfugier dans des dessins, dans des projets, dans des plâtres, surveiller des tirages, ne jamais m'éloigner de mon «oeuvre».

Mais c'est vrai, je 'ai pas eu le temps de mettre de l'ordre dans tout ça. Je n'ai pas eu le temps d'aller vers mon ordinateur pour nourrir «ma présence sur internet» comme disent les jeunes.
De plus, et à propos du désordre, comme tu le sais, c'est non seulement une chose qui ne m'a jamais effrayé, mais en même temps, c'est comme un paysage qui me convient. Désordre, irrégulier, et pourquoi pas.

D'autant plus que, ainsi que nous l'avons souvent évoqué, cette linéarité, cette régularité qui fait ce que confortablement on appelle un «style», n'est pas de ma manière. J'avais évoqué avec toi cette remarque de Barthes à propos du style, que je cite dans un de mes livres.

Il nous est arrivé souvent de parler de cette différence, pour moi importante, entre travailler et produire. On peut, selon moi, produire tous les jours une toile, un dessin, sans jamais travailler au sens où je l'entends. C'est-à-dire sans que jamais n'apparaisse, dans le cours d'une oeuvre, l'évidence de questions, l'apparition de réponses nouvelles, ces ruptures, comme autant d'étapes aux tranquilles linéarités.
J'ai depuis longtemps choisi. J'ai depuis longtemps préféré les incertitudes, les inquiétudes. Et même si je ne suis pas sûr que ce soit tout à fait un choix, je suis pourtant persuadé que dans ces paysages, je suis chez moi. Que c'est de cette manière que je peux, et travailler, et produire.

Je crois même, qu'en une de ces fins de journées d'été où nous nous trouvions sur une plage catalane, alors que nous regardions la mer, le sable et puis la plaine après, et plus loin les collines, et plus loin encore les hautes montagnes des Pyrénées, déjà , je t'avais dit combien j'avais besoin de ces mélanges, depuis toujours, combien m'angoissaient les paysages, les pays plats. En France, la Camargue, toute une partie de la façade atlantique, et la Beauce et la Brie, avions-nous ajouté en riant.

Voilà .

Je t'embrasse,

Jacques